rubharbe bleue ·

- Âme, ma chair-âme, ne vois-tu rien venir ?
 

- Au clair du ciel ouvert sous l’œil empli de flammes,
La plaine est allumée de son ardent désir.
 

- Mais du désir de qui ?
 

- Du désir du Quidam.
La blondeur des blés murs est couchée sous le vent
Les épis tout enflés de leur fureur de vivre
Éclatent au matin…
 

- Et leurs grains arrivant… ?
 

- …Dans la terre harcelée par la nuit et le givre
Sont la promesse d’une récolte future,
D’un sac un peu moins lourd au dos du paysan
Qui posera ses mains dans l’herbe et la patûre…
 

- Sont la promesse faite chaque an tout les ans
Que la marmaille ira, rira, sera méchante
Et grandira un peu sous l’œil bienveillant
De la nature-mère ou de celle qui chante
Dans la douceur du soir quand l’homme s’asseyant
Il sent venir la mort, ce sommeil sans couleur…
 

- Oui, qu’il sent qu’il s’endort et que sa vie prend fin…
Mais d’où vient ta colère ? Conte-moi ta douleur…
 

- C’est que de mon amour tu ne dis jamais rien :
Tu parles du mauvais temps, de l’eau, des paysages,
Tu dis la vie du monde et tu sembles content,
Mais mon âme-cœur-corps, tu oublies ton visage
Et le carnage-amour qui te froisse à l’instant,
Tu oublies de jeter un regard en arrière
Et de vivre un peu mieux, de t’abreuver d’orgueil,
De cueillir les Soleils qui détournent, trop fiers
Leurs yeux des tiens, tu sais que tes cheveux s’effeuillent,
Tu sais que je suis laid, et trop las pour mourir…
 

- Tu voudrais que je cherche un peu à satisfaire
Cet élan qui ne t’a jamais fait que souffrir,
Et que je sois heureux tout en te laissant plaire ?
 

- Je voudrais, je voudrais…
 

- Tu ne voudrais pas ça,
Ni finir ta vieillesse empêtré dans l’amour,
Dans les souvenirs lourds, les rancœurs, et le sas
Qui mène de la vie-vraie au crémâtoire, au four,
Cette chute infinie des cieux jusqu’aux enfers…
 

- Assez ! Esprit qui m’a trompé, tes illusions
Ne te serviront plus, tes pulsions mortifères
N’auront plus le primat de mes nuits de vision.
Je veux être amoureux et finir en Enfer !

 


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2 commentaires

  1. chris dit :

    Ahahahhhhh
    Le premier vers!
    Bon dieu!
    Mais c’est énorme ça! Oh que je l’aime vraiment celui-là.
    Bravo, du grand art !

  2. Bettina dit :

    Très beau… merci.

    Dernière publication sur FICTIONS et FRICTIONS : Bruxelles ciblée, Bruxelle brisée, Bruxelles martyrisée...

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