Prout ·

Longtemps je me suis couché débonnaire. J’avais le sentiment que le long cours du rêve débordant de sa rive arriverait à m’emporter, ou un moi supporté pendant mes heures de veille, et que lavé de mes attaches à ce monde moral et régulier, sans la souplesse offerte par la latence à l’idée oisive, qui est trop isolée et craintive au milieu du reflux de la conscience terrible et solaire et qui fait surnager seulement l’illusion perturbante et sacrée qu’on ose encore avec peine interrompre que quand on est bien sûr de n’y plus rien comprendre, me noyant dans les flots, puisque perdu soudain entre les vagues brutes de l’émoi que l’imaginaire appelle et que l’obscurcissante face de soi-même que l’on appelle « ça » se borne à matraquer je ne savais plus lutter contre la puissance tumultueuse de ce que j’invoquais aussi naturellement, je crachais dans le dernier souffle, qui comme une bulle d’air salvatrice et cruelle montre la voie à suivre et qui n’est jamais prise que trop tard par les corps des suppliciés de l’élément rageur, le dernier voile qu’il restait encore entre ma croyance en cette existence un peu fausse que j’endurais chaque jour sous le régime inquisiteur des yeux des gens présents et moi-même, et moi-même, tel qu’il eût put être s’il avait été écarté dès le premier jour de sa vie des incessantes nécessités du bas monde, et que le toussotement de ce repli funeste qui avait été jusqu’à me rendre étranger à ma propre réalité physique et spirituelle qu’aucune borne en ce monde ne pourrait certainement aider à définir était le seul salut qu’il me restât dans cet espoir immense de réussir sans transiger à concilier les attentes du monde entier et les miennes placées en vis-à-vis, si bien qu’enténèbré par le flot de moi-même qui coulait sous la roche tectonique que formait notre expérience du monde, formée elle-même par la puissance de tout un système stellaire d’attentes et de considérations humaines, je parvenais enfin à oublier cette constante impression qu’à la voix unanime de mes schizophrénies désormais déchaînées je nommais la honte et qui n’était jamais que l’affligeant mélange de la culpabilité de vivre et de souhaiter de n’avoir pas vécu pour écarter les taches qu’un autre nous imprimera toujours dès lors qu’il y a le dialogue et que la mâchoire qui grinçait tout-à-l’heure pour retenir le souffle puant comme du souffre de l’hébétude de la raison gagnée se tiendra fermée sur la vicieuse et envahissante sensation d’avoir raison et de vouloir victorieusement se griser de l’éclat aveuglant des idées noires que génère toujours le conflit avec ceux qu’on aime et avec qui on discute et le regret cuisant d’avoir soit écrasé soit été écrasé et toujours d’avoir laissé croire à l’autre qu’on pensait ce qui aura pu le blesser, que tandis que mon corps et mon cœur coulant ensemble en un seul bloc de glace je me faisais à l’idée de ne même plus comprendre que tout ceci formait une vie et que c’était la mienne, et que soumis soudain à d’autres règles que mon inconscient fabriquait autrement que des tours je pourrais peut-être atteindre par cette lente plongée et ce sublime détachement cet humour qui manquait à chacune de mes phrases et me laissait blessé par chacune de celles des autres phénomènes et rêves survécus qui m’entouraient amoureusement, et que tout était réellement tranquille.

 


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