la nuit ·

Une ambulance de rêve traverse la ville à grande vitesse. Sous la lune et les étoiles,

 

qui dansent, qui dansent,

 

vite, vite,

 

une âme morte attend.

 

Elle crève d’envie, de jalousie et elle n’est plus hantée.

La bulle de rêve se gonfle comme le champignon qu’elle écrase en passant le carrefour, brûle les rouges joues des rêves d’une femme endormie sur un banc, on l’attend au tournant.

La pluie et la grisaille atterrissent doucement sur le pare-brise et les phares brillent dans la brise du départ, on l’attend. Elle pénètre la zone envahie de silence que la nuit illumine, action.

 

Les brancardiers ont écrasé leur cigarette et se sont jetés au sol au premier signe de ralentissement de la camionnette. Ils aperçoivent la silouhette, se précipitent, et leurs pas qui crépitent dans les flaques de boue sont comme une rafale meurtrière sortie de la bouche d’un Berreta.

Couchée en travers des voies d’eau, la figure écarquille un peu plus ses pupilles immenses, déjà froidement voilées par la mort toute proche, et encore dilatées par la dernière dose qu’elle vient de s’envoyer pour tenir jusqu’à l’arrivée des secours.

 

Les infirmiers s’affairent, prennent le pouls, posent des questions, rien. Il leur faudra bien dix minutes pour s’apercevoir que les grands yeux se sont soignés tout seul, qu’il n’y a plus rien à faire.

Ils se retirent doucement et attendent quelques instants que le cadavre ait repris ses esprits, on aperçoit une vague fumée blanche déborder de la commissure des lèvres et couler vers le haut. Lentement, très lentement, le gaz prend un peu feu, un peu froid, se cristallise, se dissout à la fois, prend forme. Des lèvres tremblantes s’étirent dans l’air, esquissent un sourire un peu triste – on sent qu’elle ne dessine pas d’yeux car elle aurait peur qu’on la voie pleurer – elles chuchotent un vague : « à ce soir… » qui ne veut rien dire parce que c’est déjà la nuit, et qui ricoche, doucement, contre les dernières larmes de pluie figées en l’air pour contempler la beauté de la scène. Les lèvres s’effacent.

Le cadavre fait semblant de ne pas se forcer à écarquiller les yeux pour ne pas pleurer car il ne peut plus pleurer, et ses lèvres formulent un rêveur : « à ce soir… » qui résonnera toujours aux oreilles des absents qui sont là, fascinés, et qui veut tout dire, lui, puisque c’était son dernier.

 


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