flaque ·

On s’approche, on ne fait que s’approcher. Impression constante et si désagréable. Je ne comprends pas pourquoi je sens toujours ça, la peur de l’autre la peur d’être surpris, devoir toujours avoir prévu l’arrivée imminente du nouveau, pour l’accepter.

Déjà c’est bien, j’accepte l’autre, je veux m’y préparer, je ne veux pas qu’il me surprenne n’importe comment.

Là, j’avais encore une fois rebalancé ma tête contre la surface du monde, vu les choses de près. Le détail. Vous n’imaginez pas le détail. Personne ne voit le détail, et moi je vis en plein dedans. Souffrir de la moindre impression, comme si l’imperfection ne passait pas, ou plutôt, adorer chaque détail au point d’en révérer l’imperfection. Ne pas savoir où s’arrête et où commence chaque chose, noyé par l’avalanche des limites inachevées.

J’étais dehors moi-même. Dans la douche j’avais cru au pommeau. Je m’étais assis sur la banquette, et ma tête immergée dans la cascade voyait se dégringoler les idées immergées maintenant totalement dans mon brouillard. Dégringoler plus bas, vers le sol. Je ne voyais plus que normalement, et les yeux me brûlaient d’être plein d’eau. Je crois que j’ai peur de voir depuis que j’ai compris que mes yeux gonflés d’eau pouvaient faire une lentille qui corrigerait le défaut.

J’étais noyé dans la colonne et j’avais peur et mal, alors je me suis rejeté en arrière, la tête hors du gouffre liquide. Sur mes genoux valsaient les idéaux. J’ai pris mes bras et j’ai enserré ces formes de folie douce. Contre ma peau flottait un être pur, qui promettait de me laver de mes noirceurs.

J’ai repensé soudain, je n’étais plus prisonnier, plus tout à fait, plus du reste en tout cas. Mais de moi, toujours. Un temps a passé que je ne saurais décrire, je me suis redressé et, lorsque l’eau s’arrêta, les derniers filets glissant le long d’un fil d’air résonnaient sans fin à l’intérieur de mes deux paumes, les mains croisées dans le dos. Je portais mon fardeau, mes peurs et mes peines. Pleurs éternels qui lavent et source de nos maux. Je portais mon fardeau et j’ai un peu compris que nous, que je… non, je n’ai rien compris, mais j’étais statufié, transformé en bateau à la quille gonflée par le renflement vague de la surface d’un monde qui se joue de nos vies.

Je suis sorti et je me suis reperdu. Je n’étais plus rien, misérable, je repensais à mes amis qui essayaient de m’aider et ne savaient pas capter la limite de moi à moi-même. Je ne sais même pas si elle existe, mais elle me fait rêver…

 


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