il · scènes infinies · scène XVIII

Il et eux.

 

 

 

 

 

tu ne manges pas ?

 

 

tu sais bien qu’on est vendredi.

 

 

et alors ? Qu’est-ce que ça change ?

 

 

tu sais bien que je ne mange jamais le vendredi  !

 

 

non, c’est nouveau.

 

 

je n’ai jamais mangé le vendredi.

 

 

et puis qu’est-ce que ça veut dire ça, vendredi ? Tu sais bien qu’on s’en fout de tout ça.

 

 

le temps ?

 

 

oui.

 

 

tu sais bien qu’on s’en fout du temps ?

 

 

oui.

 

 

 

 

 

Il reste pensif.

 

 

 

 

 

non.

 

 

comment ? Mais, si on ne s’en foutait pas on se ferait bien chier non ? Ça doit faire plus de quinze ans qu’on s’est barré, qu’on est prisonnier, de nous, de tous, de tout, perdu dans la danse folle que tu nous fais mener, qu’on comprend rien !

 

 

 

 

 

Elle crie, elle hurle, elle pleure.

 

 

 

 

 

six semaines.

 

 

 

 

 

Elle s’arrête, lui a dit ça toujours sur le même ton, sans la regarder gémir.

 

 

 

 

 

mais tu as raison, on s’en fout du temps, moi je regarde passer les semaines, toi non plus tu ne manges pas ; tu vas me dire que je me trompe, il y a huit jours dans une semaine, l’aurais-tu oublié ? Le lundi nous ne mangeons pas parce que c’est le lundi, nous ne mangeons pas plus le mardi parce que c’est le mardi, le mercredi nous jeûnons parce que c’est mercredi, le jeudi nous ne savons pas cuisiner parce que c’est le jeudi, le vendredi nous ne mangeons que ce qui reste de ce que nous avons fait la veille, le samedi nous mangeons des mets qui n’existent pas, le dimanche nous ne mangeons pas parce que le dimanche n’existe pas, et le huitième jour nous l’attendons, le huitième jour nous pourrons manger, mais le huitième jour de la semaine est le jour qui n’arrive jamais, jamais, jamais, jamais.

 

 

mais…

 

 

oui, je sais, tu vas me dire que j’ai toujours dit que jamais et toujours étaient des gros mots, je n’avais pas tort, c’en est, mais je pense qu’on a le droit de dire des gros mots.

 

 

mais…

 

 

le huitième jour je l’attends tout les jours, on est toujours à l’affut d’un jour qui n’arrive pas, on se projette, on ambitionne, et puis un jour, ne vient pas le jour qu’on attend plus. L’attendre c’est pour ne plus l’attendre, le dépasser est le seul moyen d’avoir l’impression d’y être passé un seul instant. Toi aussi un de ces jours tu verras le jour, nous bannirons ce noir, peut-être nous, peut-être moi, peut-être je, peut-être lui, peut-être toi, peut-être elle…

 

 

elle ?

 

 

elle n’existe pas.

 

 

elle… n’existe pas ?

 

 

non.

 

 

mais, on devrait tous exister, non ? N’est-ce pas comme ça qu’étaient prévues les choses ?

 

 

peut-être, peut-être que peut-être, parfois je pense même que peut-être que pas…

 


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4 commentaires

  1. Mona M. dit :

    C’est drôlement chouette !

  2. chris dit :

    sa me donne envie d’écrire tout cela.
    mm si je n’aurai (souhait ou volonté?) ton style épuré!

  3. phlaurian dit :

    mon style, c’est mon cul.

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