il · scènes infinies · scène XVI

Il, de nouveau seul en scène.

 

 

 

si je criais, est-ce que j’aurais assez de force ? Sûrement pas. Peut-être… peut-être que le jour de ma naissance j’avais assez de force. Mais j’ai crié alors, le monde s’en est-il écroulé ? Plutôt construit. Je ne comprends plus ce que je signifie. Pourquoi des mots alors qu’on ne sait pas parler ? Pourquoi avoir tout rendu si difficile ? Nous avions un tel choix. Nous connaissions le monde alors et nous l’entendions nous parler. Il s’exprime par nos cris. Désormais si les échos s’entendent ce n’est plus que pour résonner en creux, faire le relief de ce qui était avant tout, du sens. Désormais les sons qui frappent doivent remplir un nombre si grand de conditions pour nous faire comprendre quelque chose… (un temps, son exposé s’enflamme et il monte ensuite progressivement le ton) la douleur. Le voilà, le langage sacré du monde. Tout, s’exprime, par la douleur. « J’ai mal d’être moi » comme a dit ce grand homme… souffrons ensemble, c’est le monde qui nous apparaît ! Quand on a créé le mot, que faisait-on ? On détruisait la douleur ! On voulait s’en écarter parce que ça faisait mal, hein ? On voulait ne pas comprendre ? On voulait ne pas voir ce qu’on était ? On ne croyait pas qu’il était bon de savoir où le monde s’arrêtait et où l’être commençait… on croyait que ça serait bien de ridiculiser l’être, de ridiculiser le monde juste en mettant des mots dessus ! On les a crucifié ces sensations ! Plus personne ne saura jamais qui il est maintenant que nous avons perdu le pouvoir de sentir le monde ! Le voilà le massacre de la philosophie ! Mettre des mots sur des idées pour tenter de savoir ce qu’est le monde ! Alors qu’il suffisait de s’arrêter de parler ! Allez mourir, bande de sons indécents ! Crevez comme des ordures que vous êtes ! Le verbe a fait sens ! Il a fait sensation ! Voilà l’hégémonie de la signification ! Avant, comment on faisait ? On avait pas besoin d’être cohérents, tout était cohérent ! Tout ! (un temps, puis, dans un soupir) on a tout perdu… et tout ça pour avoir le pouvoir de s’engueuler…

 


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4 commentaires

  1. Quelqu'un qui a aussi beaucoup aimé ton spectacle de danse !!!! ^^ dit :

    Bonjour bonhomme ;)
    Juste un petit commentaire d’une élève de Lettres Modernes pour te dire que je te trouve vraiment très doué. Ça y est, je suis fan !
    Que dire de plus ? Que c’est pas mon genre de dire des compliments à la légère ;)
    à bientôt !

  2. phlaurian dit :

    merci cycy ! ravie de voir que ça t’a plu ! j’essaierai d’être à la hauteur du compliment…

  3. ritip0k dit :

    Tu comptes les mettre en scène un jour ?

  4. phlaurian dit :

    les mettre en scène je vois pas de moyen satisfaisant… les enregistrer par contre peut-être bien que oui… (j’ai des idées de trucs à essayer, des nouvelles formes de mise en perspective du langage… tout pour faire sens)

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