il · scènes infinies · scène XV

Plusieurs est couché seul au centre de la scène. Il se redresse un peu, semble se réveiller.

 

 

 

j’ai dormi? Plusieurs ont dormi? Pas impossible.

 

 

 

Entre on.

 

 

 

tu sais que tu nous poses question, toi?

 

comme quoi? Tu sais pas, toi?

 

ouais, genre. Et puis aussi d’où tu viens.

 

ah! ça. Bah.

 

d’où tu viens?

 

je viens de quelque part, moi?

 

t’es où là?

 

ben là.

 

et avant?

 

avant quoi?

 

d’être là, t’étais où?

 

bah là.

 

c’est pas facile de discuter avec toi. Tu sais?

 

je me doute bien. J’espère d’ailleurs.

 

 

 

On s’accroupit à côté de plusieurs qui tourne la tête vers lui.

 

 

 

en fait, tu viens pour quoi là?

 

j’t'en pose des questions?

 

ah! Pour ça. T’auras pas de réponses.

 

j’m'en fous. J’demande pas des réponses, personne veut de réponses, tout le monde veut que tu partes. C’est tout.

 

ah! Bah c’est non.

 

je t’ai dit qu’on voulait pas de réponses.

 

j’ai pas demandé de questions.

 

si, on dirait que t’es là que pour ça, pour qu’on en pose.

 

qui sera le prochain?

 

un autre, cherche pas, j’en sais rien, moi ce que j’en pense ne compte pas, ils ont fois en nos pronoms.

 

vous devrez alors savoir que c’est légion que vous combattrez.

 

on combattra. Jusqu’à ne pas savoir. Comme tu l’as si bien dit.

 

ton problème c’est ta mémoire. Elle organise tes perceptions mieux que si je ne te lisais toute l’histoire. C’est un peu ça qu’il faut faire, être attentif à tout, faire attention au moindre mot. Alors que tu dois en même temps te perdre. Si tu n’es pas perdu alors tu ne peux pas comprendre. Mais il est nécessaire qu’apparaissent continuellement toutes les idées, donc que tu aies l’esprit dégagé pour les accueillir, mais que tu les comprennes par rapport aux autres, donc que tu aies les références. Tu vois?

 

je vois, j’entends, j’écoute, je sais, j’oublie, je comprends, je réponds et je te dis que c’est ça dont on a marre.

 

dommage.

 

 

 

On se relève.

 

 

 

t’en as beaucoup des phrases toutes faites comme ça?

 

des tas, autant qu’on peut en faire.

 

ça veut dire que t’es très vieux ça. Tu réfléchis avant de parler.

 

oui, mais pas à ça.

 

tu devrais.

 

à quel titre?

 

t’irais plus loin.

 

et si on ne cherche pas le lointain?

 

quoiqu’on cherche, si on le trouve pas on aura au moins la chance de l’apercevoir dans le lointain.

 

t’es taré.

 

non, il est taré, mais t’as pas le droit de lui dire.

 

 

 

On s’écarte, regarde un instant, et il part.

 

Plusieurs ne s’est pas retourné.

 

 

 

il?

 


2 commentaires

  1. 0perrine0 dit :

    Mais c’est un fait ! La mémoire organise les perceptions, surtout à propos de « l’autre », c’est pour ça qu’on en garde toujours un plus joli souvenir… ou bien ? Enfin, moi je dis ça… ça dépend du pronom, non ?

  2. si tu entends par « l’autre » tout ce qui n’est pas « je » tu comprends bien mon propos, même si la perception du monde est là pour permettre de trouver la limite entre soi et le monde, et donc, permet de redéfinir l’autre en tant que monde → tout ceci mène à transformer constamment sa vision de soi et de l’autre, du monde, pour devenir un peu plus le monde et, en s’acceptant, l’accepter… mais je crois qu’il me faudra encore bien des scènes pour le dire de façon à-peu-près satisfaisante…

Répondre

penser et tout dire |
Pascal DEMEURE, mes romans.... |
le Cri du Crabe qui Cuit ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | rguiegu brahim - ÅíãÇÁÉ æÑÏ...
| dislui
| sarivoli