il · scènes infinies · scène XIV

Il rejette eux, rejette, le public, le monologue qui s’ensuit exclut jusqu’au narrateur. Il est désormais vraiment seul. Personne ne peut l’entendre.

 

 

Un jour, un homme rêva, je crois, d’un bateau ivre;

cet homme était poète et devint une épave.

La nuit crut accueillir son âme par trop crûe,

mais dérobé au vol à une vie de vers

il traversa l’Afrique et déversa son corps

dans un port dont le ventre avala, et sa vie,

et jusques à la conscience d’avoir été l’esquif

qui, décrit comme emporté et par les flots et

par la folie que j’adore étrangement, noue

au-dedans du réel un pacte avec le feu.

 

 

J’ai aussi laissé faire cette pulsion de vivre,

en espérant que l’image admirée se grave

aux tréfonds de mon être. La liberté accrue

s’en serait dégagée pour dévorer l’enfer,

m’offrant sur un plateau et les dieux et la mort.

Mais de même que la vie n’a ravi

au desseins irréels ses chaînes et ses récifs,

j’ai du faire, trop souvent pour pouvoir renflouer

la barque de mes sens, à mes rêves des trous,

et laisser dans ma chair d’affreuses flétrissures;

tout mon corps parcouru de coutures et de creux.

 

 

 

Il hurle.

 

 

 

VOUS ENTENDREZ! ─ PUTAIN DE MA CONSCIENCE! ─ COMME LE SONGE QUE VOUS CRÛTES ASSEZ FORT POUR RETOURNER EN MOI CET ABÎME DE FOLIE ET RENVERSER SUR MON COU CETTE VASQUE DE VIDE. ─ VOUS ENTENDREZ CE QU’HURLENT QUELQUES CELLULES RÉDUITES EN UN TAS QU’À PROPREMENT PARLER ON AURAIT TORT DE CROIRE ASSEZ FLOU POUR ABRITER ENCORE UN PEU D’ÉNERGUMÈNE. ─ MOI VIVANT MOI MOURIR? ─ VOUS AVEZ ZYEUTÉ TROP LOIN. ─ OUTREPASSÉ VOS DROITS. ─ TENEZ: ─ JE M’INTERROGE!

 

 

 

Plus bas, brisé.

 

 

 

sous toi le ciel s’était évanoui. Oui. Tu as frôlé le désarroi et chanté à tue-tête ta déraison vaincue. Pour une quête éternelle, c’est une quête éternelle. (il relève la tête, même s’il ne l’a pas baissée) mourir ou aborder enfin un rivage. (le tu n’est plus le même) Tu sais, j’ai de l’eau salée jusqu’au genoux à chaque fois que je pense à toi. On était fait pour vivre ensemble, je crois que j’ai craint. Tu as du me faire peur en cherchant à m’apprivoiser, toutes, elles jouent avec nous, moi j’ai connu la folie par-là. Au bordel des sentiments, quand on se vend pour un peu de verdure. J’étais projeté dans le rêve que ce soit éternel. Toi tu n’y pensais pas encore. Pas Z’encore. Du coup, la jalousie, la mort, l’amour comme en vrai quoi. Y’a plus que toi quand t’es moi qu’existe aujourd’hui. Plus t’es conciliante et plus je sens la distance.

 

 

Il se relève, il était à moitié tombé. Il marche en cercle, d’abord doucement, puis de plus en plus vite tandis que la lumière passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel en partant du violet. Alors qu’il atteint le paroxysme de sa vitesse, les tons s’allient et forment un blanc éclatant.

 

 

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