·la plume en feu·

Mes poëmes s'acheminent à la mine de crayon,

mes mots taillent, à la craie,

à nous, mîmes, qui croyons,

mine de rien, qui créons, un visage un portrait.

 

 

Le stylo s'entortille autour d'un trait, la feuille

est folle et floue et disparaît,

l'entrelac est dansant et se fait le cercueil

du point vibrant à la fin de la phrase.

 

 

L'entrelac est bien mort, morcelé et s'endort

car les mots on prit fin sous le corps qu'un parfum

évanescent taisait. Le temps d'un seul coup se ramène

et brûle le papier trop fin.

 

 

Hey ! Mais les mots dansent ! Regardez ! Ils s'allument ─

ils sont bleus, hauts, et lumineux ils fument

comme un brin de pensée qui se tordrait d'amour ─

les mots tombent du bord de mon cordeau de jour…

 

 

je suis tailleur de mine, de crayon, de visage.

Déchirant dans l'arête, je peins homme et passage,

je suis nuage à naître, je suis pierre dans l'eau,

ricochet j'éclabousse et j'échoue bien trop loin.

 

 

J'ai mis le feu aux sens et comme un roi le soir,

j'observe l'harmonie le long de l'encensoir,

rideau pâle et grisaille je laisse tout tomber.

Hey ! Regardez ! Les mots brûlent nos plumes !



qu’a l’âme à ses cris ?

qu'a l'âme à s'animer et dés qu'un mot la mord,
à changer de posture, se tendre en un ressort ?
qu'à l'âme à nous tourner en tous sens et toujours
nous faire rebondir sur ce qu'on nomme amour ?

 

l'âme est mue quand émue elle veut sans souffrir
offrir ce que fierté lui fait croire qu'elle est.
l'âme est tue quand tuée elle cherche en un tu
le monde qui s'enflamme autour de sa vertu.

 

l'âme a tort, elle se tord, car en sa chaîr de cendres,
la chaleur qui l'habite semble enfin lui sourire.
l'âme est mue, l'âme est tue, mais elle sait aimer.

 

l'âme encore se relève, et comme si brûlée,
elle n'était jamais entrée dans une tombe,
l'âme naît, l'âme n'est rien d'autre que profonde.



il · scènes infinies · scène XVIII

Il et eux.

 

 

 

 

 

tu ne manges pas ?

 

 

tu sais bien qu'on est vendredi.

 

 

et alors ? Qu'est-ce que ça change ?

 

 

tu sais bien que je ne mange jamais le vendredi  !

 

 

non, c'est nouveau.

 

 

je n'ai jamais mangé le vendredi.

 

 

et puis qu'est-ce que ça veut dire ça, vendredi ? Tu sais bien qu'on s'en fout de tout ça.

 

 

le temps ?

 

 

oui.

 

 

tu sais bien qu'on s'en fout du temps ?

 

 

oui.

 

 

 

 

 

Il reste pensif.

 

 

 

 

 

non.

 

 

comment ? Mais, si on ne s'en foutait pas on se ferait bien chier non ? Ça doit faire plus de quinze ans qu'on s'est barré, qu'on est prisonnier, de nous, de tous, de tout, perdu dans la danse folle que tu nous fais mener, qu'on comprend rien !

 

 

 

 

 

Elle crie, elle hurle, elle pleure.

 

 

 

 

 

six semaines.

 

 

 

 

 

Elle s'arrête, lui a dit ça toujours sur le même ton, sans la regarder gémir.

 

 

 

 

 

mais tu as raison, on s'en fout du temps, moi je regarde passer les semaines, toi non plus tu ne manges pas ; tu vas me dire que je me trompe, il y a huit jours dans une semaine, l'aurais-tu oublié ? Le lundi nous ne mangeons pas parce que c'est le lundi, nous ne mangeons pas plus le mardi parce que c'est le mardi, le mercredi nous jeûnons parce que c'est mercredi, le jeudi nous ne savons pas cuisiner parce que c'est le jeudi, le vendredi nous ne mangeons que ce qui reste de ce que nous avons fait la veille, le samedi nous mangeons des mets qui n'existent pas, le dimanche nous ne mangeons pas parce que le dimanche n'existe pas, et le huitième jour nous l'attendons, le huitième jour nous pourrons manger, mais le huitième jour de la semaine est le jour qui n'arrive jamais, jamais, jamais, jamais.

 

 

mais…

 

 

oui, je sais, tu vas me dire que j'ai toujours dit que jamais et toujours étaient des gros mots, je n'avais pas tort, c'en est, mais je pense qu'on a le droit de dire des gros mots.

 

 

mais…

 

 

le huitième jour je l'attends tout les jours, on est toujours à l'affut d'un jour qui n'arrive pas, on se projette, on ambitionne, et puis un jour, ne vient pas le jour qu'on attend plus. L'attendre c'est pour ne plus l'attendre, le dépasser est le seul moyen d'avoir l'impression d'y être passé un seul instant. Toi aussi un de ces jours tu verras le jour, nous bannirons ce noir, peut-être nous, peut-être moi, peut-être je, peut-être lui, peut-être toi, peut-être elle…

 

 

elle ?

 

 

elle n'existe pas.

 

 

elle… n'existe pas ?

 

 

non.

 

 

mais, on devrait tous exister, non ? N'est-ce pas comme ça qu'étaient prévues les choses ?

 

 

peut-être, peut-être que peut-être, parfois je pense même que peut-être que pas…



il · scènes infinies · scène XVII

il.

 

 

 

 

je, seul je est je, seul moi est je, vous, vous n'êtes que des tu.



matelas

Une suite amère
Amère ou exotique
Me fit vider mon verre
Et lancer une pique

C’était bien la dernière
Et même si je m’applique
Je n’ferai plus le fier
Y’a ma mère qui rapplique

Voilà qui chamboule tout
Enfin c’est bien fini
Je vomis de partout

Je tombe sur le tas
Et je n’ai plus envie
Je suis un matelas

···

(écrit par jeu sur un coin de table il y a près de deux ans, éparpillé au fil des lieux qui me servent à ranger les petits bous de moi, amas de sentiments, ce petit tas de vers, retrouvé par le plus absolu des hasards, m’a juste l’air parfaitement actuel…)



autoportrait

loufoque, affolé,

flou et fou, dévalé,

de conscience.

mordu de déficiences,

avalé de questions,

- mort - foutu

de passions,

et pétri de confiance…



déclam.

·

 

Faire louange est un art que je crois difficile,
On y montre souvent un zèle qui, imbécile,
Déplaît fort à la dame ou l'objet de ses voeux,
Il faut bien prendre garde de n'être pas mielleux.

 

La louange est pourtant, une fois achevée,
Si elle est tant parfaite qu'on la peut comparer
Au modèle, à la belle grâce à laquelle elle vit,
La fierté absolue de celui qui l'écrit.

 

Je vous loue damoiselle qui avez su me plaire,
Ô vous qui êtes celle… Ah ! mais je dois me taire,
Avant que de tuer tout cet amour naissant.

 

Je ne dirais qu'un mot pour louer votre grâce,
Vos lèvres sont si belles que si je les embrasse…

 

·

 

Je ne finirai pas, ce serait indécent.

 

·

 

 



triptyque (·nocturne·)

.

·

·flots·

·

˙

 

monter à cru monter en crue

à fleur de peau à chair de fruit

chevaucher envoler et vouloir sous les flots

se noyer

 

.

·

·fleurs·

·

˙

 

les fleurs qui dérapent le long de nos vallées

ou bien celles qui dévalent le long des parapets

la saveur d'à-peu-près et leurs couleurs qui frappent

affleurent pour guider pas à pas à la paix

au fond de son néant ou la voix qui m'échappe

 

 

.

·

·floues·

·

˙

 

touchée par le soleil l'aube s'enfuyait loin

la voûte s'écartait du jour le très-cher était nu

le sommeil se cachait dans ses reflets d'airain

les reins sont les bijoux d'amour d'une âme un peu perdue



Rose···

Rose, bouton qui s'ouvre, porte d'un nouveau temps, dans mon cœur qu'elle éprouve, pétales ou firmament.

Pose, sur l'ourlet de ses lèvres, le baiser des vingt ans, l'amour nous enlève, et les fleurs au printemps…

Pâle, rayon d'effluves, squelette de « pourtant ». Rose, et l'ourlet de ses lèvres, pétales ou firmament ?

Reflet qui te découvre, te dévoile, et pourtant… Rose, rayon d'effluves, pétales et firmament.



·brèves·

·I·

 

- brûle. - nous nous aimons, - je t'aime.

- tu veux me voir mourir

- peu importe ce soir, - non,

je sais ce qu'il se passe.

 

 

- arrête cette peur en toi, - qui

me dis toujours quoi faire ?

- je t'assure que mon sentiment…

- anéantis encore.

 

 

- merde ! Cette voix qui hante,

- noire est ton âme, - je veux

que tu saches que je t'aime !

 

 

·II·

 

Vibres, et plantes-toi en terre

j'aime ce mouvement doux et souple du bassin

arraches, dans les sillons de peau

les lignes de sang frappent sans jamais se mourir

 

 

lèches, lèches, lèches, lèches

je fais l'ode au festin

gras et riche, on fait le mort

et sous tes airs joueurs

se cache ici

 

 

·III·

 

C'était l'un de ces longs silences d'ennui dans les après-midi froids et pluvieux où l'air est trop saillant et donne envie de gel

 

je lui parlais de moi tandis qu'elle me parlait d'elle, après tout, c'est normal, c'est ce qu'on sait le mieux.

 

Elle a ouvert la bouche et là j'ai aperçu au fond du vieux malheur la conscience du présent.

 

Je du me retourner dans mon ventre sans savoir si c'était moi ou lui qui ne pouvait plus tenir. J'élançais toute mon âme et je tuais le bouc.

 

Dans les rances relents qui relancent sans cesse ; aperçois, je t'en prie, une part de mon mystère.

 

 

·IV·

 

J'ai grimpé ma folie, quatre à quatre

aux barreaux de prison j'ai dit « oui »

j'ai sifflé dans l'air mol d'un désoirs

où tous sont de mauvais poil.

 

 

·V·

 

Vois-tu ? Quand je parle je t'appelle

et tu souris un peu même si tu sais que le jeu

s'arrête, oui.

 

Goutte, derrière les astres, à gauche, un peu

 

voilà,

 

et moi j'écris pour toi

 

TOI

 

 

·VI·

 

Adresse, quoi, du cœur, merci

la foule braille autour d'un homme-calembour Quelle folie l'a pris ? Il grimpe sur des chevaux, des mots, des colonnes de marbre, et il s'avance en leur roulant dessus.

Son rire se fait entendre, puis un glapissement sec, rappel qu'il assène parfois sans en rien dire, de violents coups de tête à des hommes en cravate.

 

 

·VII·

 

ailleurs, le jour est là, ici je me souviens d'une faible lumière d'un monde un peu trop las

j'avais trop respiré de cette poussière brune.

 

- bouge ce doit, celui-ci, celui-là.

 

Je tends et détends convulsivement chacune de mes phalanges, l'envie de vivre en moi s'arrime doucement

 

- je t'ai dit de l'aimer.

 

Et encore on me pousse , que peut bien dire ce corps ? Je voudrais le faire taire, retrouver ma raison.

 

- noir, le silence est noir.

 

Il parle tout le temps alors. Il aime à faire sentir dans [sa] voix ronde et forte un sentiment nouveau, la simple raison d'être.



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